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La double défibrillation séquentielle

 


Du nouveau dans l’ACR : c’est plus qu’un choc !

 

 

 

Arrêt cardiaque : comprendre pour agir

L'arrêt cardiaque est l'une des situations d'urgence les plus emblématiques. Il survient lorsque le cœur cesse de fonctionner efficacement, ne permettant plus la circulation sanguine et l'oxygénation des organes, notamment du cerveau. D'un point de vue électrique, il existe quatre types d'activités cardiaques possibles lors d'un arrêt :

  • Les rythmes non chocables : 
    • Asystolie
    • Activité électrique sans pouls (A.E.S.P.)
  • Les rythmes chocables :
    • Tachycardie ventriculaire sans pouls
    • Fibrillation ventriculaire (F.V.)

Seule cette dernière peut être reconnue et traitée directement par un défibrillateur.

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L'importance de la défibrillation précoce

L'utilisation rapide d'un défibrillateur est essentielle : il n'y a plus de recommandation imposant une durée de réanimation cardio-pulmonaire (R.C.P.) avant son emploi. Plus le choc est administré rapidement, plus il a de chances d'être efficace. C'est sur ce principe que repose le déploiement des défibrillateurs dans les lieux publics, notamment les gymnases, en raison du risque élevé d'arrêt cardio-respiratoire d’origine cardiaque lors d'un effort.

La fibrillation ventriculaire est une urgence absolue : chaque minute de retard à la défibrillation réduit les chances de survie de 7 à 10 %. Si une R.C.P. est réalisée immédiatement, la baisse du taux de survie est moindre, à raison de 3 à 4 % par minute. De plus, la qualité du massage cardiaque externe (M.C.E.) optimise les chances de succès du choc électrique. Afin de réduire au maximum le temps de "No Flow", il est recommandé de poursuivre le M.C.E. pendant la charge du défibrillateur.

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Comprendre la fibrillation ventriculaire et son traitement

La fibrillation ventriculaire est une activation anarchique et asynchrone des cellules myocardiques, due à un dysfonctionnement du système de conduction cardiaque, notamment au niveau des faisceaux de His. Actuellement, le seul traitement reconnu pour arrêter cette fibrillation est l'administration d'un choc électrique. Celui-ci peut être externe (choc électrique externe - C.E.E.) ou interne (choc électrique interne - C.E.I.). L'objectif du choc est de provoquer une sidération et une dépolarisation massive des cellules myocardiques, permettant un reset de l'activité électrique du cœur afin qu'il reprenne un rythme sinusal ou, à défaut, un rythme compatible avec la vie, le/la R.A.C.S. : retour/reprise d’une activité cardio-circulatoire spontanée.

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La fibrillation ventriculaire réfractaire et la double défibrillation séquentielle (D.D.S.E.)

Lors de la prise en charge spécialisée d'un arrêt cardio-respiratoire, certains patients restent en fibrillation ventriculaire malgré plusieurs chocs. On parle alors de fibrillation réfractaire au-delà du troisième choc inefficace.

Face à cette situation, la double défibrillation séquentielle externe (D.D.S.E.) est une stratégie envisageable. Elle consiste à administrer deux chocs quasi simulatanés, généralement après l'échec de conversion du troisième choc standard.

Les mécanismes avancés pour expliquer son efficacité sont multiples :

  • Modification des vecteurs du courant : utilisation de deux placements différents des électrodes (antéro-latéral et antéro-postérieur), permettant une meilleure diffusion de l'énergie.
  • Augmentation de l'énergie : la somme des joules délivrés est plus importante, augmentant la probabilité de conversion de la fibrillation.
  • Effet "d'abaissement du seuil de fibrillation" : le premier choc affaiblirait l'activité électrique anarchique, facilitant l'efficacité du second choc.

Il n'existe pas de contre-indications connues à cette technique, y compris en présence d'un dispositif implanté (D.A.I. ou Pacemaker).

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Une utilisation déclinable : la triple défibrillation

En 2021, les guidelines de l’E.R.C. (European Rescucitation Council), référence mondiale en réanimation cardio-pulmonaire, ont intégré la double défibrillation dans leurs recommandations. Mais elles vont encore plus loin en introduisant un nouveau concept : la triple défibrillation.

Il est désormais recommandé d’administrer jusqu’à trois chocs successifs, mais uniquement dans des situations bien précises : lorsqu’une fibrillation ventriculaire ou une tachycardie ventriculaire sans pouls (FV/TVsP) survient en arrêt cardio-respiratoire monitoré, sous le regard d’un témoin, et qu’un défibrillateur est immédiatement disponible. Ce scénario se rencontre notamment en salle de cathétérisme, en réanimation ou aux urgences.

Cette triple défibrillation intervient avant même de débuter la R.C.P. si le défibrillateur est immédiatement disponible.

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Conclusion

L'arrêt cardio-respiratoire impose une prise en charge rapide et optimisée. La qualité de la R.C.P. et la rapidité de la défibrillation conditionnent la survie du patient. C’est dans ce contexte que la triple défibrillation prend tout son sens. De plus, en cas de fibrillation ventriculaire réfractaire, la double défibrillation séquentielle est une chance supplémentaire pour le patient qui peut s'avérer décisive. Son intégration dans la pratique courante est donc impérative.

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Les points clés

 L’adrénaline n’intervient qu’après le 3e choc électrique externe, conjointement à l’amiodarone.

 En cas d’A.C.R. à rythme choquable réfractaire à 3 chocs, réaliser une double défibrillation antéro latérale ET antéro postérieure consécutive.

En cas d’A.C.R. à rythme choquable devant témoin et scopé, réaliser 3 chocs électriques externes avec R.C.P.

 

 

 

 

 

Sources  de l'article et de l'image
https://www.jems.com
https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov
https://view.officeapps.live.com
https://ichgcp.net

Date de dernière mise à jour : 14/03/2025

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