L'idée selon laquelle tous les médicaments injectables peuvent être administrés par voie orale est une notion répandue parmi les soignants, mais elle est inexacte et peut entraîner des erreurs médicales potentielles.
Il est essentiel de clarifier ce malentendu.
Premièrement, la simple injectabilité d'un médicament ne garantit pas son efficacité par voie orale. Par exemple, un agent paralysant comme le curare, lorsqu'il est ingéré, n'exerce aucun effet pharmacologique, tandis qu'une administration intraveineuse provoque une réponse presque immédiate. Ainsi, même en l'absence d'effets toxiques, l'absorption orale d'un médicament sans effet thérapeutique ne doit pas être considérée comme pertinente.
Toutefois, la problématique réside au niveau des effets indésirables potentiels des médicaments lorsqu'ils sont administrés par voie orale.
Certaines substances peuvent provoquer des dommages significatifs au système digestif. Les anthracyclines, une classe d'agents chimiothérapeutiques, et la phénytoïne, un anticonvulsivant, peuvent induire des brûlures au niveau de la muqueuse buccale, de l'œsophage et du tractus digestif, en raison d'un pH élevé. Ces caractéristiques entraînent même des contre-indications à l'administration entérale de ces médicaments.
Par ailleurs, des médicaments comme la Cordarone® (Amiodarone), un antiarythmique, contiennent des excipients tels que l'alcool benzylique, dont l'utilisation par voie orale peut poser des risques particuliers dans certaines populations, notamment pédiatriques.
En conclusion, bien que cette idée reçue soit ancrée chez de nombreux professionnels de la santé, elle est erronée et potentiellement dangereuse. Dans le meilleur des cas, le principe actif administré par voie orale n'aura aucun effet, et dans le pire des cas, il pourrait être nuisible au patient.
Pour qu'un médicament soit considéré comme “buvable”, il doit répondre à des critères spécifiques : le principe actif doit être absorbable par les membranes cellulaires du tractus digestif et induire les effets thérapeutiques attendues.
L'administration par voie orale ou entérale de traitement injectable peut comporter divers risques et nécessite une évaluation approfondie des critères pharmaceutiques. Cette option ne devrait être envisagée qu'en l'absence d'autres alternatives thérapeutiques et avec l'accord explicite du médecin responsable du patient.